Rentrée d'hiver 2017

La nature exposée de Erri De Luca

Le narrateur vit un village perdu dans la montagne italienne. Ancien mineur, il est à présent sculpteur. Bon connaisseur de la montagne qui l’entoure il aide aussi des clandestins à passer de l’autre côté de la frontière. Les médias s’intéressent à lui d’un peu trop près ce qui le pousse à quitter sa maison, son village et sa montagne. Arrivé dans une ville de bord de mer, le curé lui propose de restaurer un crucifix grandeur nature. Sa mission est d’enlever le pagne lui entourant la taille, qui n’est pas d’origine. 

« Aujourd’hui, il y a ces visiteurs qui débarquent sur une terre ferme, qui demandent comment elle s’appelle et où elle se trouve. Ils sont inquiets d’être loin de l’endroit qu’ils ont écrit dans leur poche. Puis ils trouvent un travail qui a besoin d’eux et uniquement d’eux, à défaut d’autres. »

J’aime lire Erri De Luca, c’est court et efficace. Dans ce roman l’auteur nous fait discrètement réfléchir sur nombre de sujets. Cet homme dur, terre à terre qui est un ours aimant vivre loin de tout dans la montagne est un homme sensuel de part sa vocation de sculpteur. Il est sensuel avec les matériaux, les oeuvres, la nature, pas avec ses congénères, il a d’ailleurs quelques difficultés avec les femmes. C’est aussi un homme qui aide les gens, il fait passer les clandestins de l’autre côté, il ne se pose pas de question, il le faut, c’est tout. Il est plein d’humilité envers les autres et envers son art.

« Dans les environs du musée, un coiffeur s’est spécialisé dans les coupes philosophiques. « Il vous fait la barbe et les cheveux à l’Epicure, à la Socrate, les frisettes à la Cicéron… » »

L’auteur pose des questions sur la place et le travail de l’artiste. Le restaurateur est-il un artiste ? D’après notre narrateur non, encore une fois il s’efface, ce n’est pas lui le héros mais ce Christ mis en croix et le jeune artiste qui l’a sculpté entièrement. L’auteur rend vraiment vivante cette statue, c’est hallucinant ! J’ai senti le marbre souffrir, le froid, la chair de poule… Ce roman est aussi une réflexion sur le sacré et le profane avec des points de vue divergeant entre l’artiste athée et le prêtre ! Le dialogue entre toutes les religions est remarquable ici, le narrateur regroupe tous les points de vue et croyances du prêtre, d’un rabbin et d’un musulman. C’est un roman sur la tolérance et l’humilité !

Gallimard, février 2017, 16,50€.
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