Récit

L’amande de Nedjma

Badra est originaire d’un petit village marocain, comme la coutume l’exige elle est mariée sans l’avoir choisi, à un notable du village qui a le double de son âge. Après cinq ans de mariage sans amour, sans joie et sans désir elle n’a pu donner de descendant à ce tyran. Elle décide de fuir cette réalité qui l’enferme et la ronge. Elle part à Tanger retrouver sa tante qui mène une vie quelque peu dissolue mais libre. Badra va découvrir le plaisir, le désir, incarné par Driss, l’amour de sa vie qui va lui faire prendre conscience des secrets de son corps. Cependant cet amour va trop loin, ils ne savent pas s’aimer et bientôt la souffrance prend le dessus. Elle va donc utiliser les hommes pour l’oublier, s’enivrer de leur corps jusqu’à l’ivresse.

Pour moi, il ne s’agit pas d’un livre érotique, mais comme écrit sur la couverture d’un « récit intime ». Cette femme n’en peut plus de se taire, elle veut révéler à tous cette société qui utilise les femmes, les enferme et les répudie à volonté. C’est aussi l’histoire d’une femme qui découvre les plaisirs de la chaire alors que ceux-ci sont tabous, cachés derrière les moucharabieh, dans les patios bien gardés, et les bonnes apparences. Elle veut aimer comme elle l’entend, utiliser son corps pour son plaisir propre, profiter de cette liberté au détriment de sa bonne réputation. Badra se pose des questions existentielles : pourquoi ne devrait-elle pas profiter de ce corps alors que c’est Dieu qui l’a faite ainsi ? 

J’ai beaucoup aimé sa façon de raconter son histoire en alternant sa vie de femme à ‚Tion˜ øTionžhÉSøTœpriori libre dans les rues de Tanger et son enfance dans le village, curieuse de découvrir la réalité qui est cachée à toutes les jeunes filles du Maghreb. Cela pousse à poursuivre toujours plus la lecture. Les mots crus qui racontent simplement les scènes ne sont pas de trop, en quoi sont-ils choquants ? Pourquoi l’auteur devrait-elle se cacher derrière des mots beaux, bien sous tout rapport alors que ce n’est pas ceux auxquels elles pensent quand elle se remémore ces souvenirs ? C’est aussi un récit regorgeant de poésie, les métaphores sont multiples et superbes !! J’ai retrouvé cette écriture arabe que j’affectionne particulièrement. Bref c’est un livre qui fait surtout réfléchir sur cette condition des femmes bafouées encore trop rependue ! J’ai adoré !!

« Par amour pour Driss, j’ai accepté de jouer aux échecs avec Dieu. Lui faisait les ouvertures. Magistrales. Moi, je construisais ma défense autour d’un fou, d’une tour et de la reine que je n’étais pas. »

« Devant les péchés d’une femme, les anges sont des hommes comme les autres. »

Plon, 18€.
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